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Coronavirus: entre prudence et espoir, que penser de la baisse des indicateurs ?

| AFP | 573 | 4.20 par 5 internautes
Centre mobile de dépistage du Covid-19 à Clichy-sous-Bois, le 22 mai 2020
Centre mobile de dépistage du Covid-19 à Clichy-sous-Bois, le 22 mai 2020 ( STEPHANE DE SAKUTIN / AFP )

Réanimations, décès, contaminations... Près de 15 jours après le déconfinement, ces indicateurs sont plutôt positifs. Les autorités jugent qu'il est trop tôt pour en tirer des conclusions, mais certains scientifiques n'hésitent plus à dire que l'épidémie de Covid-19 est derrière nous, avec l'éventualité qu'une partie de la population soit immunisée.

- Tendance à la baisse

Premier indicateur crucial, les admissions en réanimation.

Leur "nombre journalier (...) est toujours en diminution depuis le 8 avril", souligne l'agence sanitaire Santé publique France dans son dernier bulletin, publié jeudi.

Actuellement, environ 1.700 malades sont hospitalisés en réa pour une forme sévère de Covid-19, selon les derniers chiffres du ministère de la Santé. Ils étaient 2.200 une semaine auparavant, et 7.148 le 8 avril pour le plus haut total jamais atteint (on était alors en plein confinement, appliqué du 17 mars au 11 mai).

De même, les décès sont en baisse régulière.

Entre jeudi et vendredi, 74 malades du Covid-19 sont morts dans les hôpitaux (sans compter les décès dans les Ehpad et établissements pour handicapés). On est très loin des bilans quotidiens de début avril: entre le 5 et le 6 avril, on relevait plus de 600 décès rien qu'à l'hôpital.

Au total, plus de 28.000 personnes sont mortes en lien avec le Covid-19.

Partout en France, cette épidémie s'est accompagnée d'un excès de mortalité, souligne Santé publique France.

Cela a été "particulièrement marqué dans les régions Grand Est et Ile-de-France" et durant la période du 16 mars au 26 avril, avec un pic pendant la semaine du 30 mars au 5 avril.

Cet excès de mortalité "tend à revenir à des niveaux habituels", selon l'agence sanitaire.

Elle observe également une diminution des passages aux urgences pour Covid-19, ce qui "traduit une diminution des nouvelles contaminations".

- Prudence des autorités

Selon les autorités sanitaires, il est prématuré de se réjouir.

Les principaux symptômes du Covid-19
Les principaux symptômes du Covid-19 ( John SAEKI / AFP )

"Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'aujourd'hui, on n'a pas de signal d'alerte mais qu'il est trop tôt pour tirer de ce constat que tout va aller bien", déclare à l'AFP Daniel Lévy-Bruhl, responsable de l'unité des infections respiratoires de Santé publique France.

"Il y a un décalage entre ce qu'on mesure aujourd'hui et ce à quoi ça correspond: ce qu'on mesure aujourd'hui, c'est encore les bénéfices du confinement", poursuit-il.

Mécaniquement, la levée du confinement depuis le 11 mai doit forcément aboutir à une augmentation du nombre d'infections puisque les contacts entre les gens se multiplient, préviennent les autorités.

"Toute la question, c'est de maintenir cette augmentation dans les limites de ce qui est acceptable", souligne le Dr Lévy-Bruhl.

La hantise du gouvernement est un retour au scénario d'avant le confinement, avec une explosion du nombre de cas qui saturerait le système de santé.

Pour l'éviter, il s'appuie sur un dispositif combinant les tests, le repérage des personnes en contact avec un cas positif (ou "contact tracing") et l'isolement des malades.

Pour l'heure, Santé publique France a recensé 46 foyers d'infection (ou "clusters") à travers le territoire. Pour la plupart, les premiers cas datent d'avant la levée du confinement.

"La vision optimiste, c'est que l'identification d'un cluster est une bonne nouvelle car ça confirme la capacité du dispositif à les identifier et à casser les chaînes de transmission", commente M. Lévy-Bruhl, en insistant sur l'importance "de la distanciation physique et des mesures barrière".

"Le risque d'une deuxième vague existe, il nous appartient à tous collectivement de faire que ça ne survienne pas", ajoute-t-il.

- Pour certains, c'est bientôt la fin

A rebours du discours dominant, quelques scientifiques, minoritaires mais de plus en plus nombreux, jugent que l'épidémie touche à sa fin.

"Eventuellement quelques cas sporadiques apparaîtront ici ou là (mais) l'épidémie est en train de se terminer", a assuré le controversé Pr Didier Raoult dans une vidéo mise en ligne le 12 mai.

Un point de vue défendu par d'autres, selon qui l'épidémie a touché tous ceux qu'elle pouvait toucher. Leur argument central: il est faux de considérer que l'intégralité de la population est une cible.

"Une partie non négligeable de la population pourrait ne pas être sensible au coronavirus, parce que des anticorps non-spécifiques de ce virus peuvent l'arrêter", dit à l'AFP l'épidémiologiste Laurent Toubiana.

Un avis partagé par le Pr Yonathan Freund, urgentiste à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière. Il est frappé par la baisse drastique du nombre de contaminations chez ses collègues par rapport au début de l'épidémie.

"Aux urgences et à l'hôpital, on est particulièrement exposés. Si le virus circulait autant qu'avant et qu'on était tous susceptibles d'être touchés, on se serait contaminés entre nous ou on l'aurait été par les malades", explique-t-il à l'AFP.

"Or, une grande majorité des médecins n'ont pas été touchés du tout. C'est de la pure spéculation mais ça pourrait vouloir dire que des gens ont une immunité naturelle ou acquise", avance-t-il.

Cette hypothèse, qui reste à vérifier, a été soulevée par des chercheurs américains dans la revue spécialisée Cell: selon eux, 40 à 60% de la population pourraient être immunisés contre le Covid-19 sans même y avoir été exposés.

Ces individus pourraient avoir acquis cette protection en étant exposés par le passé à d'autres coronavirus qui causent de banals rhumes (c'est ce qu'on appelle une "immunité croisée").

Dans cette hypothèse, le nouveau coronavirus n'aurait désormais plus beaucoup de monde à infecter.

"Ce virus n'est pas un marathonien, c'est un sprinter: il s'épuise très vite", résume pour l'AFP le Pr Jean-François Toussaint, directeur de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (Irmes), qui ne croit pas non plus à une deuxième vague.

- A quand des réponses?

Depuis la levée du confinement, le gouvernement répète qu'il faudra attendre au moins deux semaines pour commencer à y voir plus clair.

"Peut-être que la semaine prochaine on aura des éléments", indique le Dr Lévy-Bruhl.

"L'épée de Damoclès" d'une "reprise de la dynamique épidémique" est toujours présente, ce qui pourrait même aboutir, "dans un scénario du pire", à "une nécessité de reconfiner", prévient-il.

C'est pourquoi il juge "prématuré de fonder un espoir sur une immunité croisée", hypothèse "loin de faire l'unanimité et loin d'être confortée".

Selon lui, "il ne faudrait surtout pas faire passer à la population le message que tout va bien parce qu'on s'est aperçu que tout le monde était protégé".

"Je comprends qu'on soit très frileux à l'idée de faire une nouvelle prophétie, car tout le monde s'est tellement planté au départ et moi le premier", argumente pour sa part le Pr Freund.

Après avoir détaillé sur Twitter son hypothèse d'une fin d'épidémie, il balaye les procès en irresponsabilité: "Il ne s'agit pas d'asséner des vérités mais je dis mon impression en tant que scientifique, chercheur, professeur et je ne vois pas pourquoi je ne la dirais pas".

"Il faut arrêter d'infantiliser tout le monde", estime-t-il. "Si jamais je me trompe et qu'il y a une nouvelle circulation du virus, eh bien on le verra et on pourra prendre des mesures."

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