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Colombie: les Farc en congrès, des combats armés à la lutte politique

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Le chef suprême des Farc, Rodrigo Londoño, le 27 août 2017 à Bogota à l'ouverture de leur congrès
Le chef suprême des Farc, Rodrigo Londoño, le 27 août 2017 à Bogota à l'ouverture de leur congrès ( Raul Arboleda / AFP )

Les Farc ont franchi le pas vers la politique sans armes, en ouvrant dimanche un congrès chargé de définir la ligne du parti dans lequel doit se convertir la plus ancienne guérilla des Amériques, après avoir signé la paix en novembre.

"Les Farc se transforment en une nouvelle organisation exclusivement politique, qui exercera son activité par des moyens légaux", a lancé leur chef suprême, Rodrigo Londoño, devant 1.200 délégués venus des anciens fiefs de la rébellion, qui a fini de déposer les armes le 15 août.

"Nous continuerons à lutter pour un régime démocratique qui garantisse la paix dans la justice sociale", a-t-il ajouté sous les applaudissements de ses troupes, réunies pour la première fois publiquement dans Bogota.

Le président Juan Manuel Santos a salué l'événement: "Qui aurait pu croire cela possible il y a quelques années?", a-t-il lancé. "Ce que nous devons faire maintenant, c'est nous réconcilier".

Se tenant la plupart du temps à huis clos jusqu'à jeudi, le congrès va définir la ligne et le nom du nouveau mouvement de gauche.

- Le dilemme du nom du parti -

Autre symbole de leur intégration à la vie civile, les Farc ont lancé leurs travaux par l'hymne national colombien avant le leur, entonnés par les représentants des quelque 7.000 combattants de l'ex-guérilla, et de pays garants de l'accord de paix, dont Cuba.

Le chef suprême des Farc, Rodrigo Londoño, salue les 1.200 délégués venus assister à leur congrès à Bogota, le 27 août 2017
Le chef suprême des Farc, Rodrigo Londoño, salue les 1.200 délégués venus assister à leur congrès à Bogota, le 27 août 2017 ( Raul Arboleda / AFP )

Le congrès doit désigner les candidats aux élections de 2018. Puis le parti sera publiquement lancé vendredi sur la place Bolivar, où se trouve le Parlement et, à deux pas, le palais présidentiel.

Un vif débat est attendu sur le nom du parti. Ivan Marquez, négociateur de la guérilla aux pourparlers de paix, a proposé "Force alternative révolutionnaire de Colombie". Dimanche, dans un discours de plus de 50 mn, il a insisté sur le fait que les Farc deviennent "un parti révolutionnaire".

Mais dans une consultation lancée mardi sur Twitter par Rodrigo Londoño, c'est "Nueva Colombia" (Nouvelle Colombie) qui l'a emporté avec 36% des 10.387 votes.

Pour l'analyste Frédéric Massé de l'université Externado, ce débat reflète le "dilemme" des Farc: "certains veulent garder le mot de +révolutionnaire+, d'autres voudraient changer pour montrer que c'est un nouveau départ".

Le chef suprême des Farc, Rodrigo Londoño, s'exprime devant les 1.200 délégués venus assister à leur congrès à Bogota, le 27 août 2017
Le chef suprême des Farc, Rodrigo Londoño, s'exprime devant les 1.200 délégués venus assister à leur congrès à Bogota, le 27 août 2017 ( Raul Arboleda / AFP )

Pendant le congrès, les délégués désigneront dix représentants au Parlement, qui compte 268 sièges. Nommés pour deux mandats, ces cinq députés et cinq sénateurs devront symboliquement se présenter aux prochaines élections. L'ex-guérilla espère alors "élargir cette représentation".

L'éventualité d'un candidat présidentiel a été écartée en décembre par Rodrigo Londoño selon lequel les Farc soutiendront la personne qui garantira le respect de l'accord.

L'ex-guérilla marxiste, fondée en 1964, appelle aujourd'hui à "une grande convergence politique qui dépasse les frontières de la gauche", selon Pastor Alape, autre membre de sa direction.

- Poids d'une image négative -

"C'est un grand apport à la politique et à la démocratie en Colombie", a estimé le sénateur de gauche Ivan Cepeda; le chef du Parti communiste, Carlos Lozano, voyant lui d'un bon oeil une alliance "pour un front élargi qui parte de l'accord de La Havane".

Mais les Farc vont affronter plusieurs défis. Pour M. Massé, elles doivent montrer "qu'elles sont capables (...) de faire de la politique autrement", sans se faire absorber par les "pratiques clientélistes, mafieuses, politiciennes traditionnelles".

Tandis que l'opposition de droite brandit le spectre du "castro-chavisme", l'ex- commandant guérillero Carlos Antonio Lozada a assuré à l'AFP que le futur parti n'aura "rien à voir avec des modèles étrangers" comme les régimes cubain de Fidel Castro ou vénézuélien de Hugo Chavez.

L'ex-rébellion pâtit d'une image négative, supérieure à 80% dans les sondages. Les Colombiens restent marqués par les massacres et les enlèvements qu'elle a commis.

Au fil des décennies, le conflit a impliqué les forces de l'ordre, des paramilitaires et d'autres guérillas, dont l'Armée de libération nationale (ELN) --dernière rébellion active en pourparlers de paix, qui a envoyé dimanche son "salut fraternel" aux Farc.

"Nous allons initier, sans armes, le projet de société pour lequel nous avons lutté tant d'années", a déclaré à l'AFP un ex-guérillero, José Edwin Arias, 36 ans, qui a perdu ses deux mains "en manipulant des explosifs" pendant cette guerre fratricide qui a fait plus de 260.000 morts, quelque 60.000 disparus et au moins 7,1 millions de déplacés.

Mais l'optimisme n'est pas général: "Nous avons peur (...) que nos leaders soient assassinés", a ajouté Efren Romaña, 53 ans dont 30 de guérilla, en référence aux meurtres d'ex-Farc répertoriés depuis l'accord de paix.

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