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Centrafrique: le retour à la terre pour faire oublier les armes

| AFP | 595 | 3 par 1 internautes
Richard Ngueringu, un ancien milicien, nourrit ses chèvres près de Bambari
Richard Ngueringu, un ancien milicien, nourrit ses chèvres près de Bambari ( FLORENT VERGNES / AFP )

Des grognements, des bêlements, le cliquettement des sabots... Richard Ngueringu, ancien combattant des milices auto-proclamées d'"auto-défense" anti-balaka en Centrafrique, distribue les grains de maïs aux cochons et aux agneaux. A Bambari, dans le centre du pays, il a laissé les armes pour devenir agriculteur.

"Avant les troubles, j'étais éleveur. Quand mes parents sont décédés j'ai repris la ferme. On a grandi là dedans. (Je veux) montrer ce que nos pères avaient fait pour nous nourrir, nous aider et aider nos familles", raconte avec assurance ce colosse, montrant les murs de la ferme de ses énormes mains.

En raison des violences qui secouent le pays depuis 2013, beaucoup de cultivateurs ont abandonné la terre. Le secteur primaire est pourtant la colonne vertébrale économique de la Centrafrique, avec plus de 76% de la population vivant de l'agriculture selon un rapport de l'ONU de 2015.

Sa ville, Bambari, était l'ancienne base du groupe armé UPC (Union pour la paix en Centrafrique) un groupe armé peul. Pendant cinq ans, de violents affrontements y ont opposé l'UPC aux anti-balaka, dans lesquels Richard était "chef de faction".

"Si tu restes dans ce comportement violent, tu n'auras rien à manger et tu vas énormément souffrir", veut croire aujourd'hui Richard, affirmant avoir vécu les exactions et compté les morts par centaines, dans un camp comme dans l'autre.

- 'Notre avenir' -

Alors, l'ancien membre de groupe armé, qui "rêve" de voir sa ville se relever, a fondé la coopérative Kékéréké-Ti-Yé ("Notre avenir", en sango, langue locale)

"Tout seul, je ne pouvais pas m'occuper d'une ferme. J'ai réuni des jeunes ex-combattants autour du projet, leur ai expliqué l´importance de nous regrouper pour être éleveurs, notre métier d'avant les événements", dit-il.

Des femmes cultivent un champ le 5 octobre dans un champ de Bambari
Des femmes cultivent un champ le 5 octobre dans un champ de Bambari ( FLORENT VERGNES / AFP )

Sa coopérative rassemble 22 jeunes hommes et 8 jeunes femmes, tous, comme Richard, anciens combattants.

"Beaucoup de gens se disent que de toute façon, les combats vont reprendre; du coup ils ne travaillent plus. Lorsque les troubles passent ils ne reprennent pas les outils", explique à l'AFP Rosmon Zokue, chargé de communication de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

L'organisation onusienne a créé un programme de relance agricole pour répondre à la difficile réimplantation d'une agriculture durable dans le pays du fait des mouvements permanents de populations. L'ONU pointe plus de 900.000 personnes déplacées depuis 2012 en Centrafrique, près d'un quart de la population.

"Il s'agira de former les jeunes aux techniques de production vivrière et maraîchère. Il faut renforcer leur capacité de résilience", explique Grâce-à-Dieu Sathe Demonkombona, de la FAO. L'organisation affiche un objectif de 1.300 jeunes reconvertis à Bambari et 3.000 sur tout le territoire centrafricain.

La ferme de Richard, d'abord repérée par l'ONG locale Espérance, a par la suite été intégrée au programme onusien, dans le cadre du vaste chantier de reconstruction du pays par le DDR ("Désarmement, démobilisation, réintégration", lancé par le gouvernement en septembre et soutenu par l'ONU).

"On voit que les gens ont envie de s'en sortir, ils en ont marre des combats", dit Rosmon Zokue, tandis que la FAO a délivré à la ferme de Richard des "kits d'installation", comprenant brouettes, pelles, bottes, kits vétérinaires...

- 'Mourir inutilement' -

D'anciens miliciens centrafricains recoivent des outils agricoles de la part de l'ONU le 6 octobre à Bambari
D'anciens miliciens centrafricains recoivent des outils agricoles de la part de l'ONU le 6 octobre à Bambari ( FLORENT VERGNES / AFP )

C'est le cas d’Ismaël, 17 ans, qui veut devenir éleveur de porcs parce que, étant anti-balaka, "on ne te paye pas et tu meurs inutilement".

Et lorsque l'on lui demande s'il reprendra les armes au cas où les ex-Séléka reviendraient dans la ville, il hésite avec un petit sourire... regarde ses chaussure puis fini par lâcher: "J'ai renoncé au travail d'anti-balaka".

C'est là tout l'enjeu du programme: tenter d’intéresser les jeunes à l'agriculture et de leur faire oublier les armes, même en cas de recrudescence du conflit.

"Le développement de la ville va de pair avec le rétablissement de la paix de la sécurité et de la cohésion sociale sans lesquels tout ce que nous avons développé comme projet ne sera que vains mots", commente Bertrand Touaboy, ministre de l'Entrepreneuriat.

De passage ce jour à Bambari, M. Touaboy rencontre dans un foyer des jeunes de la ville, anciens combattants, aussi bien de l'ex-Séléka qu'anti-balaka, chacun regroupé d'un côté et de l'autre de l'allée centrale du bâtiment.

Cela fait quatre ans qu'une délégation ne s'était pas rendue sur place à cause du conflit, dans une ville devenue vitrine d'une relative accalmie. Mais si la "paix" semble être y revenue, la tension reste prégnante et les témoignages d'armes cachées sous le siège de la moto ou chez les habitants demeurent.

L'espoir de ce programme, selon ses promoteurs: que les jeunes agriculteurs de Bambari inspirent les combattants et non plus l'inverse.

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