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Candidats en prison ou en exil: élections atypiques en Catalogne

| AFP | 613 | Aucun vote sur cette news
Un groupe de manifestants brandit des drapeaux catalans, réclamant une
Un groupe de manifestants brandit des drapeaux catalans, réclamant une "République", devant la prison d'Estremera, en Espagne, le 4 décembre 2017 ( PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP )

Les partis indépendantistes catalans sont entrés mardi en campagne pour les élections régionales du 21 décembre, avec leurs principaux candidats en prison ou en exil, en dénonçant la "répression" de l’État espagnol après leur tentative de sécession.

Mardi vers 00H00, les premiers meetings électoraux se sont tenus, dont l'un à Barcelone, durant lequel Carles Puigdemont, le président destitué de Catalogne, en exil à Bruxelles, s'est adressé à ses partisans via une vidéoconférence, dans un message dirigé contre Madrid.

Le vice-président catalan destitué Oriol Junqueras, le 2 novembre 2017 à Madrid
Le vice-président catalan destitué Oriol Junqueras, le 2 novembre 2017 à Madrid ( GABRIEL BOUYS / AFP/Archives )

"Ils (Madrid) veulent mettre tous les obstacles possibles pour que nous ne puissions pas faire campagne à égalité avec les autres candidats", a-t-il lancé, affirmant que les électeurs "peuvent choisir entre nation et soumission", et "entre les institutions catalanes ou les personnages obscurs de Madrid".

Sur son siège vide dans la salle du meeting, un ruban jaune, symbole du soutien des indépendantistes à leurs dirigeants emprisonnés.

Même ruban jaune sur un fauteuil vide, 100 km plus au nord, à Vic, où un autre meeting s'est tenu en l'absence du vice-président de Catalogne, Oriol Junqueras, dont un juge d'instruction de la Cour suprême a refusé lundi la liberté provisoire, ainsi qu'à trois autres dirigeants séparatistes, poursuivis pour leur rôle dans la sécession manquée.

Des dirigeants catalans quittent la prison d'Estremera, en Espagne, le 4 décembre 2017
Des dirigeants catalans quittent la prison d'Estremera, en Espagne, le 4 décembre 2017 ( PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP )

Douze des treize membres du gouvernement déchu sont candidats aux élections, dont Carles Puigdemont et Oriol Junqueras, qui rivalisent pour la direction du camp séparatiste.

Carles Puigdemont entend faire campagne depuis la Belgique où il s'est exilé avec quatre de ses "conseillers" (ministres) pour échapper aux poursuites.

Ses avocats prévoient qu'ils y resteront jusqu'après les élections, en épuisant toutes les voies de recours contre la demande d'extradition de l'Espagne.

Tous sont poursuivis pour avoir préparé pendant deux ans la tentative de sécession de la Catalogne qui, après un referendum d'autodétermination interdit, a débouché le 27 octobre sur une proclamation unilatérale de la "République catalane".

Le gouvernement espagnol avait réagi immédiatement en plaçant la région sous tutelle, destituant le gouvernement régional et dissolvant le Parlement pour convoquer un nouveau scrutin à la fin du mois.

- Discorde chez les séparatistes -

Le chef de l'exécutif catalan déchu Carles Puigdemont lors d'une conférence de presse, le 25 novembre 2017 à Bruges
Le chef de l'exécutif catalan déchu Carles Puigdemont lors d'une conférence de presse, le 25 novembre 2017 à Bruges ( Emmanuel DUNAND / AFP/Archives )

Aux dernières élections en 2015, les indépendantistes avaient remporté la majorité absolue des sièges au parlement régional, avec 47,8 % des voix.

Mais ils avaient alors conclu une alliance électorale, alors qu'ils se présentent cette fois-ci sur des listes séparées et sans programme commun.

"Vu les désaccords persistants entre les partis sécessionnistes sur la voie à suivre, leurs dirigeants ont intérêt à faire campagne sur les griefs contre le gouvernement central en laissant leur programme dans le vague", a estimé Antonio Barroso, du cabinet de consultants Teneo intelligence.

Le parti Esquerra Republicana Catalana (ERC, gauche républicaine) d'Oriol Junqueras, un professeur d'histoire de 48 ans, est en tête dans les sondages et entend diriger un prochain gouvernement séparatiste.

Elections en Catalogne : sondage
Elections en Catalogne : sondage ( Nicolas RAMALLO / AFP )

Ce parti ne fixe plus de date pour une éventuelle indépendance, reconnaissant qu'elle est hors d'atteinte pour le moment, faute de consensus en Catalogne.

M. Puigdemont, qui a créé sa propre liste, Junts per Catalunya (Ensemble pour la Catalogne), n'a renoncé à rien. En cas de victoire, il prétend être rétabli au pouvoir comme "président légitime" et mettre ainsi Madrid en échec.

"D'ici au 21 décembre, la dispute dans le camp indépendantiste va s'aggraver et ils vont échanger des coups, prévoit Oriol Bartomeus, professeur de Sciences politiques à l'Université autonome de Barcelone. Leur problème, c'est que cela pourrait provoquer une fuite des voix et au bout du compte empêcher les indépendantistes de reconduire la majorité absolue".

- ...et chez les anti-indépendantistes -

En face, les partis opposés à l'indépendance font eux aussi campagne en ordre dispersé.

Le parti libéral Ciudadanos, deuxième force politique en Catalogne, le Parti socialiste catalan et les conservateurs du Parti Populaire de M. Rajoy--au pouvoir à Madrid, mais très mal vu en Catalogne-- n'ont pas voulu s'allier.

Un sondage publié lundi par le Centre d'études sociologiques (CIS) du gouvernement espagnol prévoit pour les indépendantistes 44,4% des voix et 66 à 67 sièges sur 135, juste en-dessous de la majorité absolue de 68.

Les trois partis opposés à l'indépendance recueilleraient 44,3% des votes, mais ne décrocheraient que 59 à 60 sièges.

"Je vois mal une répétition de l'alliance des trois partis indépendantistes, dit Jose Pablo Ferrandiz de l'institut de sondage Metroscopia, comme je vois mal un gouvernement formé par les trois partis anti-indépendantistes".

Dans l'état actuel des sondages, l'arbitre pourrait être Catalunya en comun-Podem, alliance de la maire de Barcelone, Ada Colau, et la gauche radicale Podemos, créditée de 9 sièges par le CIS.

Cette formation est opposée à l'indépendance mais réclame néanmoins un referendum d'autodétermination, que Madrid juge anticonstitutionnel.

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