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Vives tensions après une "frappe" indienne anti-islamiste au Pakistan

| AFP | 624 | 4.33 par 3 internautes
Des manifestants pakistanais brûlent un drapeau indien à Peshawar, le 26 février 2019, à la suite d'une frappe aérienne indienne.
Des manifestants pakistanais brûlent un drapeau indien à Peshawar, le 26 février 2019, à la suite d'une frappe aérienne indienne. ( ABDUL MAJEED / AFP )

L'Inde a procédé mardi à une frappe aérienne au Pakistan qui visait selon elle un groupe islamiste, provoquant un nouvel accès de fièvre entre ces deux puissances nucléaires autour de la région disputée du Cachemire.

Les tensions étaient déjà très vives entre ces pays voisins depuis l'attentat suicide dans la partie indienne du Cachemire qui a provoqué la mort d'au moins 40 paramilitaires indiens le 14 février et été revendiqué par le groupe islamiste insurgé Jaish-e-Mohammed (JeM), établi au Pakistan.

Islamabad, dénonçant mardi une "agression intempestive", a démenti qu'un "camp terroriste" ait été visé près de Balakot, dans le nord-est du Pakistan, non loin du Cachemire, et promis de répliquer "à l'heure et à l'endroit de son choix". Une réunion de l'instance chargée de superviser l'arsenal nucléaire a en outre été convoquée pour mercredi, a fait savoir un porte-parole de l'armée.

Ces événements ont provoqué l'inquiétude de la communauté internationale. La Chine et l'Union européenne ont ainsi appelé mardi les deux pays à "la retenue".

Une manifestation contre le Pakistan à New Delhi le 26 février 2019.
Une manifestation contre le Pakistan à New Delhi le 26 février 2019. ( Sajjad HUSSAIN / AFP )

La France, de son côté, a défendu "la légitimité de l'Inde à assurer sa sécurité contre le terrorisme transfrontalier" et demandé au Pakistan de "mettre fin aux agissements des groupes terroristes installés sur son territoire".

L'Inde et le Pakistan se sont livré trois guerres dans le passé, dont deux au sujet du Cachemire, une région himalayenne en majorité peuplée de musulmans divisée entre ces deux pays qui la revendiquent chacun depuis des décennies.

Les autorités indiennes ont expliqué leur action mardi par le fait que le groupe rebelle JeM préparait de nouveaux attentats suicide en Inde.

"Au vu du danger immédiat, une frappe préventive est devenue absolument nécessaire", a déclaré Vijay Gokhale, un haut responsable de la diplomatie indienne à New Delhi.

"Aux premières heures aujourd'hui, l'Inde a frappé le plus grand camp d'entraînement de Jaish-e-Mohammed à Balakot", a dit M. Gokhale, qualifiant ce raid d'"action préventive non militaire" et "spécifiquement ciblé sur le camp de JeM".

"Dans cette opération, un très grand nombre de terroristes, de formateurs, de commandants de haut rang et de jihadistes entraînés aux attentats suicide de Jaish-e-Mohammed ont été éliminés", a-t-il poursuivi.

Le Pakistan a réagi avec colère dénonçant des affirmations "fictives" à destination du public indien "dans un contexte électoral" au prix d'"un risque sérieux pour la paix et la stabilité régionales".

"Quatre explosions"

New Delhi n'a pas donné officiellement de détails sur les modalités de cette opération mais la presse locale rapportait qu'elle avait pris la forme d'un bombardement aérien effectué par des avions de chasse Mirage 2000.

Selon le Pakistan, des avions indiens ont bien brièvement pénétré dans son espace aérien au niveau du Cachemire et largué une "charge utile" près de Balakot, mais sans faire de dégâts ou de victimes.

Photo transmise par les autorités pakistanaises le 26 février 2019 des dommages causés aux arbres et au terrain après une frappe de l'armée de l'air indienne à Balakot
Photo transmise par les autorités pakistanaises le 26 février 2019 des dommages causés aux arbres et au terrain après une frappe de l'armée de l'air indienne à Balakot ( HANDOUT / ISPR/AFP )

Un journaliste de l'AFP a aperçu un cratère profond d'environ deux mètres et quelques arbres abattus dans la zone désignée comme celle où la "charge utile" est tombée. Aucune autre précision n'a été fournie sur celle-ci.

Dans la ville de Balakot elle-même, située tout près du Cachemire, Zubari Afzal, 25 ans et propriétaire de la parcelle touchée, a raconté à l'AFP avoir entendu "quatre explosions" dans la nuit, qu'il a initialement attribuées à un orage.

"J'ai essayé d'aller voir dans quel état étaient mes plantations mais je n'y ai pas été autorisé", a-t-il ajouté.

Un autre habitant, Sayed Waqar Hussain Shah, a également fait état de plusieurs explosions pendant la nuit : "Les gens étaient terrifiés mais plus tard nous, les villageois, nous sommes rendus sur place, une zone de collines".

Selon les analystes, le fait que la frappe ait eu lieu en territoire pakistanais hors du Cachemire est le signe d'une possible escalade entre les deux pays.

A Poonch, au Cachemire indien, des habitants et des responsables ont signalé la chute de nombreux obus mardi le long de la frontière de facto.

Colère

Le Cachemire
Le Cachemire ( AFP / AFP )

L'Inde accuse de longue date le Pakistan de soutenir en sous-main les infiltrations d'insurgés au Cachemire indien, ce qu'Islamabad a toujours démenti.

En décrivant l'opération de mardi comme une "action préventive non militaire" ayant seulement visé un groupe islamiste et non l'Etat pakistanais, New Delhi cherche toutefois à limiter ses répercussions, selon Samir Saran, le président de l'Observer Research Foundation à New Delhi.

Le message ainsi adressé par l'Inde au Pakistan est de "lui dire que nous ne voulons pas l'escalade. C'est pourquoi nous disons que c'est une mesure préventive. Vous n'avez pas besoin d'en faire une guerre, si vous ne le voulez pas", a-t-il encore dit.

L'attentat du 14 février avait suscité une vague de colère en Inde et des appels à des représailles.

Le Premier ministre Narendra Modi, qui cultive une image d'homme fort et briguera un deuxième mandat au printemps, est soumis à la pression de son opinion publique en vue de procéder à une réplique musclée.

En 2016, en représailles à l'attaque meurtrière d'une base militaire indienne par un commando islamiste, le chef du gouvernement indien avait ordonné une série de raids de commandos le long de la ligne de cessez-le-feu au Cachemire.

burx-ahe-amd/bds

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