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Bordeaux victime de son succès?

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Bordeaux, au splendide coeur XVIIIe siècle classé par l'Unesco, a mis les bouchées doubles pour attirer cadres et entreprises
Bordeaux, au splendide coeur XVIIIe siècle classé par l'Unesco, a mis les bouchées doubles pour attirer cadres et entreprises ( NICOLAS TUCAT / AFP/Archives )

Flambée immobilière, engorgements routiers, ressentiment contre la "gentrification": l'arrivée du TGV à Bordeaux a mis en relief les nombreux défis que doit relever la métropole aquitaine, au risque de devoir réviser ses ambitions.

Les années 2000, avec la rénovation du centre historique et la construction du tramway, avaient sonné l'heure du réveil pour la "belle endormie". Quinze ans plus tard, la mise en service de la nouvelle ligne à grande vitesse (LGV), qui place Bordeaux à deux heures de Paris, a ouvert une nouvelle période de transformations pour la désormais capitale de la Nouvelle-Aquitaine, plus vaste région de France.

"Un million d'habitants en 2030": le maire Alain Juppé (LR), également président de Bordeaux Métropole (760.000 habitants dont 250.000 à Bordeaux), ne cesse de marteler cet objectif. Car "quand une ville pèse au niveau démographique, elle pèse au niveau économique, politique et de l'emploi", argue Michel Duchène, vice-président de la métropole chargé des grands projets urbains.

Et depuis deux ans, les transformations sont visibles. Nouveau quartier sur les friches des Bassins à flots (12.000 habitants), chantier du centre d'affaires Euratlantique (40.000 logements et 30.000 emplois prévus) autour de la gare Saint-Jean, édification du quartier Brazza (5.000 habitants) sur la rive droite de la Garonne...

La vice présidente de Bordeaux Métropole, Virginie Calmels, au côté de Laurent Wauquiez, dont elle sera la vice-présidente s'il est élu à la tête des Républicains
La vice présidente de Bordeaux Métropole, Virginie Calmels, au côté de Laurent Wauquiez, dont elle sera la vice-présidente s'il est élu à la tête des Républicains ( PHILIPPE DESMAZES / AFP/Archives )

Outre les traditionnels secteurs du vin (60.000 emplois en Gironde), de l'aéronautique (50.000 emplois), de la santé (25.000 emplois), la métropole, labellisée "French Tech", a lancé une politique volontariste pour attirer les entreprises du tertiaire supérieur, notamment du numérique, de l'industrie créative et de l'innovation.

Un "écosystème en plein essor", se félicitait récemment l'ex-présidente d'Endemol France, Virginie Calmels, première adjointe à la mairie chargée de l'économie et vice-présidente de Bordeaux Métropole, après les installations de bureaux par Ubisoft (jeux vidéo), OVH (hébergement internet), Betclic (paris en ligne)...

- "The place to be !" -

Bordeaux, au splendide coeur XVIIIe siècle classé par l'Unesco, a mis les bouchées doubles pour attirer, au-delà des touristes, cadres et entreprises. Qualité de vie, gastronomie, ville "durable" sont régulièrement vantés.

"Bordeaux, the place to be!", clame "Invest in Bordeaux", l'agence de développement économique, aidée par le classement de la ville comme première destination à visiter au monde en 2017 par le guide Lonely Planet ou le label "Best european destination" décerné en 2015 par une agence de promotion du tourisme européen.

"Entre 1996 et 2014, on était sur une moyenne de 35 implantations d'entreprises par an, pour 900 emplois les bonnes années. Puis on a vu un changement complet: en 2015, on a fait 72 implantations, pour 1.400 emplois et l'année suivante 75 implantations pour 2.500 emplois", explique-t-on à "Invest in Bordeaux".

L'attractivité est forte: disponibilité du foncier et de l'immobilier de bureau, soutien à l'innovation, compétences de haut niveau (écoles d'ingénieur, recherche universitaire), acteurs politiques (Bordeaux et Métropole à droite, Région à gauche) parlant le même langage face aux entreprises...

La nouvelle ligne à grande vitesse (LGV) place Bordeaux à deux heures de Paris
La nouvelle ligne à grande vitesse (LGV) place Bordeaux à deux heures de Paris ( LOIC VENANCE / AFP/Archives )

Mais Bordeaux n'est-elle pas victime de son succès? Au risque d'un retour de bâton dont a témoigné fin octobre la querelle autour des autocollants "Parisien rentre chez toi" et de tags "antiriches" dans le quartier historique et populaire de Saint-Michel touché par une "gentrification" galopante.

"Il y a eu une communication outrancière sur +Bordeaux la ville du bonheur+", dénonce Vincent, urbaniste soucieux d'anonymat, un des deux animateurs de la page Facebook humoristique "Front de libération bordeluche (parler populaire de Bordeaux) face au parisianisme" (7.000 abonnés). Se défendant de tout "racisme", il relève surtout l'aggravation de problèmes "structurels" devenus plus saillants avec l'arrivée du TGV.

Patrick Seguin, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Gironde, reconnaît "qu'il faut gérer cette crise de croissance". "Il faut déjà réfléchir à la +Grande métropole+ de demain et passer rapidement de la réflexion à l'action!", estime-t-il. "La ville millionnaire, c'est de la communication, il faut y aller prudemment", admet aussi Michel Duchène à la Métropole.

- "Presque une fronde !" -

Parmi les défis, celui du logement. Le marché immobilier est depuis deux ans très tendu, avec une hausse spectaculaire des prix (+15% en 2016) couplée à une explosion des offres de locations saisonnières (10.000 biens proposés sur Airbnb).

Le maire de Bordeaux Alain Juppé, répond aux questions de journalistes dans sa ville, le 19 septembre 2017
Le maire de Bordeaux Alain Juppé, répond aux questions de journalistes dans sa ville, le 19 septembre 2017 ( GEORGES GOBET / AFP/Archives )

Début octobre, le recteur de l'académie de Bordeaux, Olivier Dugrip, a dû lancer "un appel à tous les propriétaires privés" pour loger les étudiants. Selon le syndicat Unef, un millier d'entre eux étaient toujours sans solution de logement plusieurs semaines après la rentrée.

Autre point noir, l'engorgement récurrent des transports routiers dans la métropole, troisième agglomération de France la plus congestionnée, après Marseille et Paris, selon le baromètre TomTom Traffic Index. "Nos concitoyens nous disent leur ras-le-bol, c'est presque une fronde", constatait récemment Alain Anziani, maire PS de Mérignac.

"Tout le monde est content de voir Thalès et Dassault se développer à Mérignac. Or nous sommes confrontés à des embouteillages monstre. Le politique ne peut pas vouloir créer de l'emploi sans faciliter les transports", s'est aussi agacé Eric Trapier, PDG de Dassault Aviation (1.850 emplois sur la métropole) qui prévoit le transfert prochain de "plusieurs centaines" de postes depuis l'Ile-de-France.

Malgré le plus grand réseau de tramway de France, la "thrombose" bordelaise, alimentée par les incessants bouchons sur la rocade, portion de l'autoroute vers l'Espagne et Toulouse empruntée quotidiennement par 130.000 véhicules, dont 20.000 camions, pèse toujours plus sur le temps de transport des salariés.

Maintes fois repoussé, le projet d'un "grand contournement" de Bordeaux, qui éloignerait les poids lourds de la rocade, reste en suspens, entre préoccupations environnementales et enjeux financiers.

L'accès à l'aéroport de Bordeaux-Mérignac demeure aussi problématique, dans l'attente du prolongement du tramway, d'abord prévu en 2019, puis retardé à 2020-2021.

Autre handicap, celui du "second emploi" pour le conjoint après un déménagement dans une métropole où les sièges sociaux d'entreprises sont rares. Mireille Berger, 42 ans, venue de Paris il y a huit ans, a cherché pendant trois ans un poste équivalent à celui qu'elle occupait dans les ressources humaines d'une société informatique parisienne.

"Cela me fait bien rire quand j'entends +Venez, venez, il y a de l'emploi+. En dehors du vin qui est un monde très fermé, de l'aéronautique et du numérique, il n'y a pas tant d'emplois que cela", déplore la mère de famille qui, après deux reconversions, est devenue garde d'enfants.

"Si on se met tous autour de la table pour travailler sur l'accessibilité, le second emploi, et la venue d'entreprises capables de créer des emplois de proximité, on règlera le problème", assure Patrick Seguin. "Je comprends ceux qui parlent de limites", concède Michel Duchène. "Mais ceux qui disent que Bordeaux c'était mieux avant, n'oublions pas qu'en 1995, c'était 15.000 logements vacants!"

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