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Autriche: Kurz et l'extrême droite en pourparlers gouvernementaux

| AFP | 482 | 4 par 1 internautes
Le nouveau dirigeant conservateur autrichien Sebastian Kurz, lors d'une conférence de presse à Vienne, le 24 octobre 2017
Le nouveau dirigeant conservateur autrichien Sebastian Kurz, lors d'une conférence de presse à Vienne, le 24 octobre 2017 ( GEORG HOCHMUTH / APA/AFP )

Le dirigeant conservateur autrichien Sebastian Kurz et le parti d'extrême droite FPÖ ont annoncé mardi l'ouverture de négociations pour la formation d'une coalition de gouvernement, ouvrant la voie d'un retour de cette formation au pouvoir, dix-sept ans après le tollé européen de 2000.

Le patron du FPÖ, Heinz-Christian Strache, n'a pas été long à saisir la main tendue: trois heures seulement après une invitation mardi matin de M. Kurz à engager des pourparlers exclusifs, il a annoncé "accepter" la proposition.

"L'Autriche mérite la formation rapide d'un gouvernement stable", a jugé M. Kurz, 31 ans, vainqueur le 15 octobre d'élections législatives anticipées qu'il avait provoquées après dix ans de grande coalition avec la gauche.

Le chef du parti d'extrême droite autrichien FPÖ, Heinz-Christian Strache, le 21 octobre 2017 à Vienne
Le chef du parti d'extrême droite autrichien FPÖ, Heinz-Christian Strache, le 21 octobre 2017 à Vienne ( ALEX HALADA / AFP/Archives )

L'ouverture de ces pourparlers était attendue, les deux dirigeants n'ayant cessé de multiplier les signaux en ce sens, qualifiant notamment de "très constructives" leurs discussions préliminaires.

Le rapprochement de MM. Kurz et Strache a ainsi déjà gagné le surnom de "coalition sushi" dans la presse de boulevard, du nom du mets que le chef du FPÖ a servi trois jours après le scrutin à M. Kurz lors d'un long dîner privé.

- 'Point de départ' -

Si elles aboutissent, les négociations impliqueraient un retour au pouvoir du FPÖ, dix-sept ans après que ce parti y ait été appelé par un autre conservateur, Wolfgang Schüssel. Cette initiative avait à l'époque provoqué un tollé mondial et des sanctions européennes.

Dans un contexte de montée des partis populistes et anti-migrants dans plusieurs pays européens, une telle levée de boucliers apparaît cependant peu probable aujourd'hui, d'autant que M. Strache, 48 ans, a veillé à lisser l'image de son parti, à la tête duquel il a succédé en 2005 à Jörg Haider.

M. Kurz, qui occupe les fonctions de ministre des Affaires étrangères depuis quatre ans et est appelé à devenir le plus jeune dirigeant au monde, a assuré mardi qu'"une orientation pro-européenne claire" était un prérequis pour entrer dans son gouvernement.

Les conservateurs ont remporté le scrutin du 15 octobre avec 31,5% des voix, devant le sociaux-démocrates du chancelier sortant Christian Kern (26,9%) et le FPÖ (26%).

Parmi ses conditions pour entrer en coalition, le FPÖ a indiqué qu'il exigerait le ministère de l'Intérieur, un portefeuille régalien qui lui avait échappé en 2000. M. Strache a également fait une priorité de la "sécurisation des frontières", "la démocratie directe à la Suisse" et l''"arrêt de l'islamisation".

"Nous avons des points d'accord et des points où nos positions divergent", a relevé M. Kurz mardi, sans entrer davantage dans les détails

M. Strache a pour sa part prévenu que les pourparlers n'étaient "qu'un point de départ": "Ils n'aboutiront pas nécessairement car nous posons plusieurs conditions et ne cherchons pas à entrer au gouvernement à tout prix".

- 'Loup nationaliste' -

Le président Alexander Van der Bellen, à qui il reviendra d'investir le gouvernement, a prévenu qu'il serait particulièrement attentif à l'orientation pro-européenne du futur exécutif. Il a également fait savoir qu'il garderait un droit de regard sur sa composition, à l'image de son prédécesseur Thomas Klestil, qui avait refusé en 2000 deux ministres proposés par le FPÖ en raison de déclarations xénophobes.

M. Kurz a assuré dans la presse israélienne qu'une "tolérance zéro" envers l'antisémitisme était une "condition préalable claire" pour entrer dans son gouvernement.

La perspective d'un retour au pouvoir du FPÖ, un parti fondé par d'anciens nazis, n'en suscite pas moins l'inquiétude de la Communauté israélite (IKG) d'Autriche.

Lundi, son président, Oskar Deutsch, avait instamment prié M. Kurz de renoncer à alliance avec cette formation. "Que le loup nationaliste revête une peau de mouton bleue (la couleur du FPÖ, ndlr) ne change pas sa nature, seulement son apparence", a-t-il estimé.

Le Comité Mauthausen, une organisation de déportés qui a listé un série de dérapages antisémites et xénophobes récents imputables à des cadres du FPÖ, a lui aussi jugé "incurable" ce parti, dont un candidat aux législatives avait encore dû se retirer cet été après des propos à tonalité antisémite.

Christian Kern a indiqué mardi se préparer à entrer dans l'opposition face à "deux partis populistes de droite dont les positions se sont rapprochées depuis un certain temps déjà".

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