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Afrique du Sud: l'ANC reprend le vote pour élire le successeur de Zuma

| AFP | 208 | Aucun vote sur cette news
Le président sud-africain et président de l'ANC Jacob Zuma (g) et le vice-président Cyril Ramaphosa (d), le 17 décembre 2017 à Johannesburg
Le président sud-africain et président de l'ANC Jacob Zuma (g) et le vice-président Cyril Ramaphosa (d), le 17 décembre 2017 à Johannesburg ( GULSHAN KHAN / AFP )

Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994 en Afrique du Sud, a repris dimanche soir ses opérations de vote pour désigner le successeur de leur contesté président Jacob Zuma, un scrutin crucial pour l'avenir du parti et de la "nation arc-en-ciel".

Conclusion d'une campagne âpre et serrée, l'élection oppose l'actuel vice-président Cyril Ramaphosa, soutenue par l'aile modérée de l'ANC, à la candidate soutenue par M. Zuma, son ex-épouse et ancienne patronne de l'Union africaine (UA) Nkosazana Dlamini Zuma.

Des délégués du parti ANC au pouvoir en Afrique du sud, le 17 décembre 2017 à Johannesburg
Des délégués du parti ANC au pouvoir en Afrique du sud, le 17 décembre 2017 à Johannesburg ( GULSHAN KHAN / AFP )

Annoncé pour dimanche soir, puis retardé à lundi, le vote des milliers de délégués a finalement repris en soirée, a annoncé un communiqué du parti.

"Nos excuses... La décision (de reporter à lundi) a été annulée et le vote va avoir lieu maintenant", a indiqué l'ANC dans un communiqué tard dans la soirée, sans fournir d'explication sur cette valse-hésitation.

Depuis l'ouverture de sa conférence samedi, les délégués de l'ANC se sont opposés sur les modalités de la procédure électorale, illustration des fractures qui déchirent depuis des mois le mouvement de Nelson Mandela.

Ce n'est qu'en fin de journée dimanche qu'ils sont parvenus, après de longues tractations, à se mettre d'accord sur une liste révisée de 4.776 votants, contre plus de 5.200 initialement prévus.

Cyril Ramaphosa, candidat à la présidence du Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994 en Afrique du Sud.
Cyril Ramaphosa, candidat à la présidence du Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994 en Afrique du Sud. ( Jean Michel CORNU / AFP )

Le décompte actualisé des nominations par les différentes sections et branches provinciales du parti, publié dimanche, a donné une longueur d'avance à M. Ramaphosa sur sa rivale, avec un total de 1.469 contre 1.094.

Mais ce rapport de force peut être facilement inversé, puisque les délégués ne sont liés par aucune consigne de vote.

"Ca va être très serré et les bulletins vont être comptés et recomptés", a pronostiqué dans des déclarations à l'AFP l'analyste Susan Booysen, observatrice assidue des conférences de l'ANC.

Le vainqueur de ce duel au couteau à de bonnes chances de devenir le prochain président du pays en 2019, à la fin du deuxième quinquennat de Jacob Zuma.

- 'Frustration' -

Ancienne patronne de l'Union africaine (UA) et candidate Nkosazana Dlamini Zuma, le 17 décembre 2017 lors du Congrès de l'ANC à Johannesburg
Ancienne patronne de l'Union africaine (UA) et candidate Nkosazana Dlamini Zuma, le 17 décembre 2017 lors du Congrès de l'ANC à Johannesburg ( MUJAHID SAFODIEN / AFP )

Mais, ainsi que l'a reconnu lui-même samedi le chef de l'Etat en ouvrant la réunion, le parti de l'icône Nelson Mandela a vu son étoile sérieusement pâlir depuis sa large victoire lors premières élections libres de l'histoire du pays.

"Notre échec à régler les problèmes a commencé à peser sur notre mouvement", a concédé M. Zuma dans son discours d'adieu de chef du parti, citant "la corruption, la criminalité et l'emploi".

Affaibli par la crise économique et les accusations de corruption qui visent Jacob Zuma, l'ANC a subi un sérieux revers aux élections locales de 2016 en cédant à l'opposition le contrôle de villes de premier plan comme Johannesburg et Pretoria.

Et de nombreux analystes lui prédisent déjà une défaite historique et la perte de sa majorité absolue aux élections générales de 2019.

Nkosazana Dlamini Zuma, 68 ans, candidate à la succession de son ex mari Jacob Zuma, à la tête du Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994 en Afrique du Sud.
Nkosazana Dlamini Zuma, 68 ans, candidate à la succession de son ex mari Jacob Zuma, à la tête du Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994 en Afrique du Sud. ( Jean Michel CORNU / AFP )

"Notre peuple est frustré quand nous perdons du temps à nous quereller entre nous plutôt que de résoudre les défis quotidiens auxquels il est confronté", a déploré M. Zuma samedi.

Conscient des fractures qui minent son mouvement, le chef de l'Etat a appelé samedi les candidats à l'unité du parti. "Ils ont accepté de respecter les résultats", a-t-il insisté, "je veux que chacun d'eux garde bien ça en tête".

Rien n'est mois sûr, car la rivalité entre les camps des deux favoris semble à son comble et menace de faire éclater l'ANC.

Soutenu par l'aile modéré du parti, très apprécié des marchés, Cyril Ramaphosa, 65 ans, a promis de relancer l'économie et a violemment dénoncé la corruption du clan Zuma.

"Nous défendons Cyril pour qu'il nettoie l'ANC (...) et le pays de la corruption et pour qu'il travaille pour les plus pauvres", a résumé à l'AFP une déléguée, Natalie Gillion.

- 'Unité' -

Le parlement d'Afrique du Sud
Le parlement d'Afrique du Sud ( Vincent LEFAI, Valentina BRESCHI / AFP )

Il a reçu samedi un soutien de poids, celui de la présidente du Parlement Baleka Mbete.

Face à lui, Nkosazana Dlamini Zuma, 68 ans, a repris le discours de son ex-époux, sur la redistribution des richesses au profit de la majorité noire, dont une large partie continue à vivre dans la pauvreté un quart de siècle après la chute de l'apartheid.

"Nous soutenons la camarade Nkosazana Zuma parce que je trouve qu'elle défend, qu'elle parle beaucoup de la transformation radicale de l'économie", a déclaré à l'AFP le chef de la Ligue des jeunes de l'ANC, Collen Maine.

Ses adversaires reprochent à Mme Dlamini Zuma de n'être qu'une marionnette de son "ex" et de lui avoir promis l'immunité judiciaire pour les scandales dans lesquels il est impliqué.

Les partisans des deux camps ont affiché une dernière fois dimanche soir leur détermination.

"Nous sommes très impatients de voter, de voter pour Cyril Ramaphosa", a confié à l'AFP un délégué de la province du Mpumalanga (nord) qui a préféré taire son nom.

"Si Ramaphosa gagne, je ne le soutiendrai pas. Dlamini Zuma est la meilleure", a rétorqué une de ses collègues du KwaZulu Natal (est), Luthuli Pearl. "Tout ce qu'on peut lui reprocher, c'est d'avoir été la femme de Zuma".

L'issue du scrutin est attendu avec impatience par les marchés financiers, qui s'inquiètent depuis des mois des "incertitudes politiques" qui pèsent sur l'économie fragile de la première puissance industrielle du continent africain.

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