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Abdelkader Merah: 20 ans de réclusion pour association de malfaiteurs

| AFP | 741 | Aucun vote sur cette news
Abdelkader Merah (G) et son avocat Eric Dupond-Moretti (D), le 2 novembre 2017, à la Cour d'assises de Paris
Abdelkader Merah (G) et son avocat Eric Dupond-Moretti (D), le 2 novembre 2017, à la Cour d'assises de Paris ( Benoit PEYRUCQ / AFP )

La cour d'assises spéciale de Paris a condamné jeudi Abdelkader Merah à 20 ans de réclusion criminelle, la peine maximale pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.

Mais elle l'a acquitté du chef de complicité des sept assassinats perpétrés en mars 2012 par son frère Mohamed à Toulouse et Montauban.

Fettah Malki, reconnu coupable d'avoir vendu l'arme et le gilet pare-balles à Mohamed Merah en connaissant sa radicalisation, a écopé de 14 ans de réclusion criminelle, également pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. Les peines des deux hommes sont assorties d'une période de sûreté des deux tiers.

L'accusation avait requis la perpétuité contre Abdelkader Merah et 20 ans de réclusion criminelle contre Fettah Malki.

"Les juges, et c'est leur honneur, ont résisté à la pression de l'opinion publique", a réagi Me Eric Dupond-Moretti, avocat d'Abdelkader Merah.

La cour a rendu son verdict après huit heures de délibéré, au terme de cinq semaines d'un procès sous haute tension, marqué par les témoignages poignants de proches de victimes de Mohamed Merah et un contexte pesant de menace terroriste persistante depuis la vague d'attentats sans précédent ayant frappé la France.

"C'est un jugement qui devrait satisfaire les parties civiles", a commenté Me Simon Cohen, principal avocat des familles de victimes. "La cour (...) n'a pas cédé ni devant les terroristes de tout poil ni devant certaines menaces".

L'avocat Patrick Klugman (C) s'exprime devant les journalistes après le verdict rendu à l'encontre de Abdelkader Merah, au palais de Justice de Paris, le 2 novembre 2017
L'avocat Patrick Klugman (C) s'exprime devant les journalistes après le verdict rendu à l'encontre de Abdelkader Merah, au palais de Justice de Paris, le 2 novembre 2017 ( STEPHANE DE SAKUTIN / AFP )

Mais sa satisfaction était loin d'être partagée par deux figures emblématiques des parties civiles, Latifa Ibn Ziaten, mère du premier soldat tué par Mohamed Merah et Samuel Sandler, père et grand-père de trois des victimes de l'école juive de Toulouse.

"On est trop naïf en France. Il faut qu'on se réveille pour protéger notre pays, pour protéger nos enfants", a réagi la première pour qui les magistrats "n'ont pas été jusqu'au bout".

"C'est mieux que rien mais nos enfants, eux, ont pris perpétuité. Dans quinze ans il aura tout oublié, nous, notre peine, notre malheur est éternel", a approuvé le second.

Mais pour Me Olivier Morice, avocat de la famille d'un militaire tué à Montauban, c'est bien "une justice sereine qui a été rendue". "Nous savions depuis le début que la complicité était délicate à qualifier", a-t-il convenu, estimant que le verdict pourrait conduire Abdelkader Merah à ne pas faire appel.

- "La règle de droit" -

La galaxie autour des attentats de Merah
La galaxie autour des attentats de Merah ( Simon MALFATTO / AFP )

"En acquittant Abdelkader Merah du crime de complicité d'assassinats, la cour a rappelé que même dans les affaires de terrorisme les plus graves, la preuve et la règle de droit n'étaient pas reléguées au rang d'accessoires", a déclaré Me Dupond-Moretti, à sa sortie de l'audience, sous les huées.

L'avocat a aussi adressé ses pensées "pour le désarroi et le chagrin des victimes injustement confrontées à un faux coupable que l'on a fabriqué pour étancher leur soif de justice".

L'un des conseils de Fettah Malki a en revanche annoncé son intention de faire appel de la condamnation de son client.

Eric Dupond-Moretti, l'avocat de Abdelkader Merah, se prépare à répondre aux journalistes après le verdict au Palais de Justice de Paris, le 2 novembre 2017
Eric Dupond-Moretti, l'avocat de Abdelkader Merah, se prépare à répondre aux journalistes après le verdict au Palais de Justice de Paris, le 2 novembre 2017 ( Lionel BONAVENTURE / AFP )

La défense d'Abdelkader Merah avait plaidé l'acquittement, demandant à la cour de juger "dans le respect du droit" et en constatant "l'absence de preuves".

Celle de Fettah Malki avait demandé que celui-ci soit jugé pour ce qu'il est et ce qu'il a fait, et pas pour "une potentialité terroriste" avancée sans preuve par l'accusation.

Présenté comme un mentor religieux dissimulateur ayant téléguidé sept assassinats par l'accusation mais comme un bouc-émissaire expiatoire des crimes de son frère jihadiste par ses avocats, le frère aîné du "tueur au scooter" avait clamé une dernière fois son innocence jeudi matin, avant que la cour ne se retire.

"Je dis et je redis que je n'ai rien à voir avec les assassinats commis par mon frère", a déclaré Merah, 35 ans.

Fettah Malki avait demandé pardon aux familles de victimes, assurant qu'il ignorait les projets de Mohamed Merah. "Je voulais dire aux familles que j'ai entendu leur désolation. Je leur dis que je communie et compatis avec leur douleur", avait déclaré, la voix nouée par l'émotion, cet homme qui a fêté ses 35 ans mardi.

Abdelkader Merah était accusé d'avoir "sciemment" facilité "la préparation" des crimes de son frère en l'aidant à dérober un scooter et à acheter un blouson utilisés lors des tueries et d'avoir participé "à un groupement criminel affilié à Al-Qaïda".

La justice reprochait à Fettah Malki d'avoir fourni à Mohamed Merah un gilet pare-balles et un pistolet-mitrailleur.

Entre le 11 et le 19 mars 2012, Mohamed Merah a assassiné sept personnes à Toulouse et Montauban, avant d'être abattu le 22 mars par les forces d'élite de la police.

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