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A Kirkouk en Irak, le rapport de force entre communautés a changé

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Un Irakien brandit le drapeau turkmène à Kirkouk pour célébrer le 18 octobre 2017 le retour des forces fédérales dans la ville
Un Irakien brandit le drapeau turkmène à Kirkouk pour célébrer le 18 octobre 2017 le retour des forces fédérales dans la ville ( AHMAD AL-RUBAYE / AFP )

"Avant, nous ne pouvions pas dire avec fierté que nous étions Turkmènes, maintenant notre drapeau flotte de nouveau sur la citadelle de Kirkouk", se réjouit Omar Najat, un Irakien de 23 ans.

Depuis la reprise cette semaine de la ville multiethnique par les forces irakiennes, le rapport de force entre les différentes communautés a changé.

Il y a trois semaines, les habitants kurdes participaient dans la liesse au référendum d'indépendance du Kurdistan. Aujourd'hui, les affiches appelant à voter, contre l'avis de Bagdad, pour cette consultation organisée dans la ville disputée ont été arrachées.

Elles ont été remplacées par d'énormes drapeaux irakiens accrochés à des palmiers, ou dressés sur des bâtiments. Les drapeaux kurdes qui ornaient chaque lampadaire sont, eux, encore en place, de même que les nombreux posters du Kurde Jalal Talabani, l'ancien président irakien récemment décédé.

Mais les affiches vantant son rival Massoud Barzani, le président du Kurdistan d'Irak, grand architecte du référendum, gisent à terre, déchirées.

Dans le quartier kurde de Rahimaoua, il y a peu de monde dans les rues. Quelques magasins sont ouverts, comme celui d'Abou Sima, mais personne ne s'y présente pour acheter ses pneus et autres pièces de carrosserie.

- Bagdad aux commandes -

Lui-même s'échappe régulièrement pour retourner chez lui, prendre des nouvelles de sa femme et de ses neveux et nièces qui ne sont plus allés à l'école depuis trois jours. "Le directeur nous a dit d'attendre encore un peu, vu la situation", explique-t-il.

Un homme vend des drapeaux irakiens le 18 octobre 2017 à Kirkouk après la reprise de la ville par les forces fédérales
Un homme vend des drapeaux irakiens le 18 octobre 2017 à Kirkouk après la reprise de la ville par les forces fédérales ( AHMAD AL-RUBAYE / AFP )

Il fait allusion à l'entrée dimanche des forces irakiennes dans l'ensemble de la province de Kirkouk. En trois jours, sans quasiment rencontrer de résistance des peshmergas kurdes, elles ont repris le contrôle de l'ensemble de la ville, et surtout des importantes ressources pétrolières de la province au nord de Bagdad que le Kurdistan dispute à Bagdad.

Dimanche, avec son épouse Oum Sima, ils sont brièvement sortis de la ville, comme des milliers de familles, mais beaucoup sont revenues depuis.

"Mais il fallait revenir, car nous, les Kurdes, nous sommes la majorité, nous sommes les premiers habitants de Kirkouk", dit à l'AFP ce père de famille de 36 ans.

Le Turkmène Omar Najat, lui, n'est pas d'accord. Depuis son magasin de tissus au cœur du marché de Kirkouk, il en veut pour preuve la citadelle qui se dresse à quelques dizaines de mètres: "elle est ottomane, turque et Kirkouk est turkmène irakienne", martèle-t-il.

"Maintenant que c'est Bagdad qui commande, on est en sécurité, ce n'est pas comme avant, quand il y avait un autre pouvoir en place", ajoute le jeune homme, jean slim et chemise cintrée, en référence au gouverneur, limogé par Bagdad, qui avait organisé le référendum à Kirkouk, contre l'avis des autorités centrales.

La veille de l'opération militaire, le gouverneur était apparu à la télévision pour appeler les Kurdes de la ville à s'armer pour repousser l'entrée des forces de Bagdad.

Près de la Place des travailleurs, où un immense drapeau turkmène, bleu avec en son cœur un croissant et une étoile, a été accroché, Abou Hussein, lui, veut croire à la coexistence entre les 800.000 habitants de la ville.

Les Kurdes y représentent deux tiers de la population, les Turkmènes 25% et les Arabes 10%.

- 'Vivre ensemble' -

"On sait vivre ensemble", assure ce commerçant turkmène, dont le voisin, kurde, n'a que des employés arabes. "Ca ne date pas d'un an ou deux, cela fait des décennies qu'on vit tous ensemble", affirme cet épicier de 47 ans, devant son étal, auprès d'un ami, les jambes croisées sur son pantalon kurde bouffant.

Des enfants brandissent le drapeau irakien à Kirkouk le 18 octobre 2017 après la reprise de la ville par les forces fédérales
Des enfants brandissent le drapeau irakien à Kirkouk le 18 octobre 2017 après la reprise de la ville par les forces fédérales ( AHMAD AL-RUBAYE / AFP )

"Les politiciens, c'est autre chose", glisse-t-il, avant de retourner à son comptoir. Les "politiciens" à Erbil, Bagdad et ailleurs, ce sont eux aussi les responsables, déplore Mohammed Hamdani, un sunnite de 55 ans.

"Ils ne sont pas d'accord entre eux, et c'est nous, les gens du peuple, qui en payons le prix", s'emporte cet homme, vêtu d'une jellaba jaune, calotte assortie sur la tête.

Quant au départ des peshmergas et du gouverneur kurde de la ville, tout cela importe peu pour lui, dit-il.

"Quels que soient nos dirigeants, on ne leur demande qu'une seule chose: qu'ils nous assurent la sécurité et de quoi nous nourrir!".

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