En Bourgogne, de nouvelles fouilles pour "faire ressurgir" la déesse de la Seine
La terre le recouvrait, les broussailles l'envahissaient, les arbres y développaient leurs racines. Après 60 ans d'abandon, les fouilles ont repris aux sources de la Seine, en Bourgogne, sur le sanctuaire gallo-romain voué à Sequana, la déesse du fleuve.
À Source-Seine (Côte d'Or), bien nommé hameau de 60 habitants, un parc inattendu se laisse à peine découvrir au fond d'une vallée. À près de 800 km de la capitale, ce qui n'est encore qu'un mince filet d'eau s'écoule d'une grotte de rocail de style Napoléon III, gardée par une statue de nymphe à la pose lassive: un kitchissime qui n'est pas sans rappeler les Buttes-Chaumont, le célèbre parc parisien.
Et pour cause: ici, c'est Paris... Le terrain a en effet été acheté sous le préfet Haussmann, qui a inauguré ce parc en 1867. Car de premières fouilles, réalisées dès 1836, y avaient révélé l'existence d'un sanctuaire antique voué à Sequana, du 1er au 4e siècle après J.C.
Cette déesse gauloise a regagné en popularité dressée sur le cheval d'acier galopant sur le fleuve lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Paris en 2024.
L'eau des sept sources, qui forment à cet endroit le fleuve naissant, n'a aucun pouvoir. C'est plus à Sequana elle-même que les milliers de pèlerins vouaient un "culte guérisseur".
"En vertu d'une sorte de donnant-donnant, on demande à la divinité une guérison en échange d'une offrande", explique Loïc Gaëtan, responsable scientifique à l'Institut national des recherches archélogiques préventives (Inrap).
Sur le site, des centaines d'ex-voto, remerciements d'une faveur divine obtenue, ont ainsi été exhumés, tout comme des bassins alimentés par les sources de la Seine et un fanum (petit temple).
"Comprendre" le sanctuaire
Ces découvertes très prometteuses n'ont pas empêché les fouilles de s'arrêter en 1967. Le parc a continué à recevoir ses touristes mais l'ancien sanctuaire était laissé à l'abandon.
"Le site a été bien érodé: l'eau qui s'infiltre et ravine, les racines des arbres qui soulèvent les pierres... Il fallait le préserver", souligne M. Gaëtan. Près de 60 ans après les dernières investigations, l'Inrap a donc lancé le 1er juin une campagne de quatre ans (2026-2029).
En quelques jours, "on a tout dégagé", lance fièrement Hervé Laganier. Bottes plantées dans la glaise, l'archéologue de l'Inrap et sept autres fouilleurs ont exhumé les restes des bâtis, comme le "bassin sacré" creusé à même la roche et où les pèlerins d'alors "pourraient s'être immergés".
Et "on a déjà fait des découvertes", se réjouit Loïc Gaëtan, directeur des opérations. "D'autres murs, des nouveaux niveaux de sol qui n'ont pas été fouillés: il y a encore beaucoup à découvrir", assure M. Gaëtan. Sur les 1,7 hectare du parc, "seuls 3.000 m2 ont été investigués", soit moins de 20%, rappelle-t-il.
Ainsi, sous les tables de pique-nique où les touristes mangent leurs sandwichs, "on sait qu'il y avait un bâtiment romain", souligne-t-il. Une prospection géophysique va donc être effectuée, ouvrant la voie à des sondages ciblés.
Le premier objectif n'est pas tant d'exhumer des objets mais de "comprendre" le fonctionnement du sanctuaire, explique Pascal Perrault, directeur général de l'Inrap. "Et surtout de répondre à cette question: y avait-il un culte par les Gaulois, avant les Romains? On peut le supposer car Sequana est une déesse gauloise. Mais on n'en a aucune preuve".
"On veut faire ressurgir Sequana", résume Dominique Garcia, président de l'Inrap, qui rappelle que "la meilleure conservation, c'est l'étude".
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